Femmes dans les conseils: mesures, bonnes pratiques et exemples à suivre

18 Mai 2017 / Par Romain Isaac

L’appel à la parité hommes-femmes dans les conseils ne cesse de faire échos dans le monde des affaires et de la politique. Même s’il est difficile de prouver le lien entre la présence des femmes dans les CA et la performance des entreprises (cause à effet ou simple corrélation?), l’apport positif de la diversité au sein des conseils et des grandes instances semble mettre tout le monde d’accord : La mixité « suscite la discussion et favorise la diversité des points de vue sur des enjeux de société variés. Ce qui aurait pour effet d’entraîner de meilleures décisions. »

Alors quelles mesures sont prises au Canada et ailleurs dans le monde afin de passer à l’action et améliorer le nombre de femmes dans les CA et atteindre la parité? Il y a de bons exemples à suivre, des mesures qui font leurs preuves et d’autres moins…

Femmes dans les conseils : la situation au Canada

Le Canada est souvent cité comme exemple en termes de parité et de diversité, mais quelles sont les mesures existantes ici et leurs résultats?

Les mesures prises par le gouvernement Trudeau, outre le fait d’avoir un gouvernement diversifié et égalitaire, repose sur le principe du comply or explain. Il s’agit pour les sociétés cotées en bourse de devoir « dévoiler annuellement les processus de sélection, les politiques et les objectifs quantitatifs visés par la réglementation. Ainsi, à défaut d’avoir fait progresser le taux de féminité de leur CA, les dirigeants seraient tenus de s’expliquer publiquement ».

Une mesure dont les résultats sont plus que moyens. L’augmentation des femmes est marginale, elle est passée de 11% à 12 % entre 2015 et 2016. Ainsi, comme le titre un article de La Presse du 7 mars dernier, l’avancée des femmes dans les conseils ce fait « un tout petit pas à la fois ».

La province de l’Ontario a quant à elle prit de l’avance en adoptant des cibles à atteindre en plus du principe de comply or explain : « D’ici 2017, les entreprises de la province devront avoir 30% de femmes gestionnaires, et d’ici 2019, cette cible passera à 40%. »

Cependant, le Québec est un meilleur élève, en 2016 on atteint 18% des postes dans les CA occupés par des femmes.
Ceci s’explique grâce à la Loi sur la gouvernance des sociétés d’État qui impose au CA des sociétés d’État d’être constitué de femmes et d’hommes à parts égales à compter du 14 décembre 2011. Les résultats depuis sont très encourageants : « La représentation globale des femmes au sein des CA de ces organismes publics est passée de 28 % à 52,4 %. Cette hausse remarquable de la participation des femmes au processus décisionnel de ces organisations ébranle le scepticisme qui avait entouré l’entrée en vigueur de la Loi. »

La parité hommes-femmes au Canada s’améliore à petits pas et les résultats varient en fonction des politiques provinciales. Cependant, les pays européens et d’autres pays à travers le monde vont bien plus loin et enregistrent de bien meilleurs résultats.

Ces pays qui montrent le bon exemple pour atteindre la parité hommes-femmes dans les conseils

Les pays Scandinaves sont les meilleurs exemples de parité hommes-femmes de façon générale grâce, entre autres, à leur excellent service de garde d’enfants et au congé paternité qui permettent aux femmes d’accéder plus facilement au milieu du travail. Ajoutez à cela une législation contraignante et vous obtenez des taux de femmes dans les conseils atteignant les 43%.
La Norvège en est le précurseur, depuis 2006, une loi impose 40% de femmes dans les conseils. La Suède vient de mettre en application le même quota pour entreprises cotées, sous peine d’une amende en cas de non-respect de la loi d’ici 2019.

La Norvège compte 43% de femmes dans les conseils d’administration, suivie de la France 41% et de la Suède 37%. L’Italie, l’Allemagne, la Finlande et la Belgique sont proches ou au-dessus des 30%.

La France obtient ce résultat grâce aux lois qui se succèdent depuis 2011 en faveur de l’égalité hommes-femmes dans les grandes entreprises cotées et les entreprises publiques.

D’après Selim Jahan, directeur du rapport sur le développement humain publié chaque année par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) : « Les quotas permettent de faire de plus grandes avancées, quand les décisions sont prises par l’État, de manière contraignante, dans un cadre légal ».

Les quotas permettent donc d’ancrer dans la culture la présence des femmes dans les postes décisionnels et corriger la sous-représentation des femmes dans les conseils, les postes d’administratrices et d’élues.

Enfin, selon le Rapport mondial 2016 sur la parité hommes-femmes, le Rwanda se classe 5e au rang mondial grâce à la forte participation des femmes en politique. 64% de femmes sont élues au parlement rwandais versus 26% au Canada.

La diversité est donc bénéfique pour les entreprises et les quotas font leurs preuves en Europe. Rappelons que l’égalité hommes-femmes est inscrite dans la Constitution Canadienne depuis les années 80. Alors qu’attend le Canada pour faire en sorte d’appliquer ses propres Lois et s’assurer que les femmes ont vraiment les mêmes chances que les hommes? Les avancées en la matière ne tombent pas du ciel! Nous avons la preuve que fixer des objectifs et émettre des recommandations ne suffis pas. Il est temps de rattraper notre retard!

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on LinkedInShare on Google+Email this to someone